On raconte que Schopenhauer arrivé à Berlin pour écouter les cours du magnifique Fichte fut excédé par les apparences de sérieux du philosophe. "Durant ce cours, il dit des choses qui me donnent envie de pouvoir lui mettre un pistolet sous la gorge et lui dire : "Tu dois mourir maintenant sans pitié; mais, pour l'amour de ta petite âme, dis-moi si tu as pensé quelque chose de clair dans ce charabia, ou si tu t'es simplement moqué de nous ?" "
Érisistible
« L'essentiel, c'est la contingence. Je veux dire que, par définition, l'existence n'est pas la nécessité. »
25 mai 2012
24 mai 2012
Vomir la philosophie universitaire
Le désir d'imposer l'ordre à la confusion, de faire naître l'harmonie de la dissonance et l'unité de la multiplicité est une sorte d'instinct intellectuel, une tendance originelle et fondamentale de l'esprit. Dans les domaines des sciences, des arts et de la philosophie, les effets de ce que je peux appeler "volonté à ordre" sont surtout bénéfiques. Il est vrai qu'elle a produit bien des synthèses prématurées fondées sur des preuves insuffisantes, des systèmes métaphysiques et théologiques absurdes, de pédantes confusions entre les concepts et le réel, entre les symboles, les abstractions et les données de l'expérience immédiate. Mais ces erreurs, si regrettables soient-elles, ne font pas grand mal, au moins directement, encore qu'il arrive parfois qu'un mauvais système philosophique cause des dommages indirects, en servant de justification à des actes insensés et inhumains. C'est dans le domaine social, en politique et en économie, que la volonté à ordre devient vraiment dangereuse. Là, la réduction théorique de l'ingouvernable multiplicité à l'unité compréhensible devient la réduction pratique de la diversité humaine à l'uniformité crétinisée, de la liberté à la servitude. En politique, l'équivalent d'une théorie scientifique ou d'un système philosophique parfaitement achevé, c'est une dictature totalitaire.
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes (1958)
19 mai 2012
L'ennui
L'ennui est à certains égards le plus sublime des sentiments humains. Certes, je ne crois pas que l'examen de ce sentiment puisse mener aux conclusions que de nombreux philosophes ont pensé en tirer. Cependant ne se trouver satisfait par aucune chose terrestre ni, pour ainsi dire, par la Terre entière ; considérer l'immensité de l'espace, l'édifice merveilleux de l'univers, et voir combien tout cela est petit pour la capacité de l'esprit humain ; imaginer le nombre infini des mondes et sentir notre esprit et nos désirs plus vastes encore qu'un tel univers ; toujours accuser les choses d'insuffisance et de nullité, et souffrir du manque et du vide, et donc de l'ennui, cela m'apparait comme la première marque de grandeur et de noblesse que puisse porter l'humanité. C'est pourquoi l'ennui est à peu près inconnu des gens insignifiants et ne se rencontre peut-être jamais chez les animaux.
Giacomo Leopardi, Pensées (1845)
11 mai 2012
Être ou ne pas être ?
Le suicide offre une réponse possible aux problèmes du vieillissement à qui envisage la vie non pas en dévot d'une religion vitaliste mais en pratiquant soucieux d'un quotidien dans lequel seul l'usage de son temps importe et non le temps lui-même dans son être-là idiot [...] Vivre, certes, mais pour quoi faire ? Pour vivre quoi ? Vivre pour vivre ? Rien ne paraît plus stupide... L'idéal, effectivement, c'est la mort volontaire : se tuer pour ne pas mourir complètement, du moins pour périr vivant, debout, décidé, en s'appropriant ce qui nous échappe mais qu'on peut, dès lors, dans un jeu étroit, revendiquer pour entamer la part de nécessité qui nous déborde. [...] Mourir à l'heure n'oblige pas à disparaître en avance, n'exagérons rien... Se jeter du haut d'une falaise à vingt ans pour la raison que cinq décennies plus tard on risque une maladie d'Alzheimer paraît d'une prudence excessive, voire d'une précaution vaguement maladive ! [...] Où est la bonne heure ? Quand trop tôt et quand trop tard ? Le suicide est prématuré quand la vie se trouve devant soi, que tout n'a pas été essayé pour pallier les difficultés qui conduisent à l'envisager, que les raisons susceptibles de motiver la mort volontaire relèvent de l'anecdote.
Michel Onfray, Féeries anatomiques (2003)
6 mai 2012
A l'heure de l'infornographie
Il est vrai que la vie est courte et la connaissance sans limites : personne n'a le temps de tout savoir et dans la pratique, nous sommes généralement contraints de choisir entre un exposé trop court ou point d'exposé du tout. L'abréviation est un mal nécessaire et celui qui la pratique doit essayer de se tirer le mieux possible d'une tâche qui, bien qu'intrinsèquement mauvaise, vaut encore mieux que rien.
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes (1958)
21 avril 2012
La preuve par l'exemple
Les deux compères ont créé leur propre Église Évangélique aux États-Unis : The Way of the Master.
16 avril 2012
Scepticisme moral chez Leopardi
Les vices et les misères universels des hommes et de la société sont considérés partout comme des particularités locales. En quelque lieu que je me trouve, j'entends toujours le même air : chez nous les femmes sont futiles et inconstantes, ne lisent pas assez et n'ont pas d'instruction ; chez nous les gens sont indiscrets et se livrent aux commérages et à la médisance ; chez nous c'est l'argent, la faveur, les bassesses qui peuvent out ; chez nous règne l'envie et les amitiés ne sont guère sincères ; et ainsi de suite, comme si ailleurs il pouvait en aller autrement. Les hommes, qui sont malheureux par essence, veulent croire qu'ils le sont par accident.
Giacomo Leopardi, Pensées (1845)
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